La Corne de l’Afrique

La Corne de l’Afrique : une zone de turbulence sous haute surveillance1

L’Union européenne assimile la Corne de l’Afrique2 à l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD). Elle comprend donc l’Ethiopie, Djibouti, l’Ouganda, le Kenya, la Somalie, le Soudan du Sud, le Soudan et l’Erythrée3.

corne-afrique-2

À quelques encablures de la Péninsule arabique et donc à proximité de routes maritimes vitales pour l’économie mondiale, la Corne de l’Afrique est un espace stratégique. Les implantations militaires françaises et américaines le soulignent. Elle reste néanmoins une région médiatiquement référencée pour des fléaux tels que la piraterie maritime, les migrations forcées, les crises humanitaires et la guerre. La Corne de l’Afrique continue d’illustrer un paradoxe : alors même que de nombreux acteurs régionaux sont engagés dans le maintien et le soutien à la paix, cet espace reste le plus conflictuel du continent. Elle regroupe, à elle seule, une grande partie des problématiques relatives aux formes de la guerre – interétatique, intra-étatique, par procuration.

Tous les États de la Corne de l’Afrique sont en conflit ou crise grave

Trois opérations majeures du Département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies se déroulent dans la Corne de l’Afrique et soulignent l’importance des enjeux sécuritaires dans cette région4. Elles sont toutes relatives aux conséquences du conflit entre le nord et le sud du Soudan et l’indépendance du Soudan du Sud. 33 % des effectifs des OMP sont déployés dans la Corne de l’Afrique. Pour être complet, nous devons rajouter les deux missions de l’UA avec 18 000 hommes5 et la médiation qatarienne (quelques dizaines d’hommes) dans le cadre de l’accord conclu le 6 juin 2010 entre l’Erythrée et Djibouti. Toutes ces missions sont liées à la construction de l’État, sa désintégration ou sa reconfiguration. Elles concourent, dans leur mandat respectif, à mettre un terme à la violence. Elles se déroulent dans un contexte africain de volonté de pouvoir gérer les conflits sur le continent6. La Corne de l’Afrique demeure la seule région d’Afrique où, en moins de vingt ans, deux nouveaux États sont apparus (l’Érythrée et le Soudan du Sud) et un quasi-État (le Somaliland) tente d’obtenir sa reconnaissance. L’IGAD gère plus particulièrement le dossier du Soudan du Sud. Elle a réussi à amener les deux protagonistes du conflit à signer deux accords (cessez-le-feu et sort des prisonniers) le 23 janvier 2014 à Addis Abäba.

La Secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires humanitaires, Valérie Amos, a annoncé que 75 millions de dollars ont été alloués du Fonds central d’intervention des Nations Unies (CERF) pour soutenir les opérations d’aide humanitaire dans le Sahel et la Corne de l’;Afrique. Les pays de la Corne d’Afrique recevront 44.500.000 de dollars, dont 20 millions pour la Somalie, où 2,9 millions de personnes ont du mal à trouver suffisamment de nourriture. Les agences humanitaires en Éthiopie, au Kenya et en Érythrée recevront 12 millions, 10 millions et 2,5 millions de dollars respectivement.

Trois chefs d’État africains n’ont pas été conviés à Washington pour le premier sommet USA-Afrique qui s’est déroulé du 4 au 6 août 2014. Deux sont des dirigeants de pays de la Corne de l’Afrique Il s’agit de l’érythréen Issayas Afewerki, et du Soudanais Omar el-Béchir.

  1. Patrick Ferras. « Enjeux diplomatiques et stratégiques », 2008.
  2. Cette définition est un peu différente de celle des historiens qui l’assimilent à un espace plus restreint
  3. Qui a suspendu son adhésion depuis 2007.
  4. La Mission des Nations Unies pour Abyei (FISNUA), la Mission des Nations Unies au Darfour (MINUAD) et la mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS).
  5. La mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et l’Initiative de coopération régionale dans le cadre de la lutte contre l’Armée de Résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army).
  6. Chapitre 8 de la Charte des Nations Unies.

Bibliographie

  • « The Horn of Africa – Intra-State and Inter-State Conflicts and Security » de Redie Bereketeab (2013)
  • « Regional Security in the post-Cold War – Horn of Africa » de Beruk Mesfin et Roba Sharamo (2011)
  • « Islam and Christianity in the Horn of Africa » de Haggai Erlich (2010)
  • « Islamism and its Enemies in the Horn of Africa » d’Alex de Waal (2004)
  • « Nationalism and Self-Determination in the Horn of Africa » d’I.M. Lewis (1983)